Un livre pour donner envie de philosopher – «Maus» d’ Art Spiegelman

«Maus» – Art Spiegelman

Maus is a graphic novel by American cartoonist Art Spiegelman. In it, Spiegelman interviews his father about his experiences as a Polish Jew and Holocaust survivor. The book makes use of postmodern techniques in its presentation, most strikingly in its depiction of different races of humans as different kinds of animals, with Jews as mice, Germans as cats and Poles as pigs. Maus has been variously labeled as memoir, biography, history, fiction, autobiography, or a mix of genres. It was the first comic book to win a Pulitzer Prize. 

The story alternates between two timelines. In the “present” frame tale, beginning in 1978 in Rego Park, New York, Spiegelman talks with his father about his Holocaust experiences, gathering material for the Maus project he is about to begin. In the “past”, Spiegelman depicts his father’s experiences, starting in the years immediately leading up to World War II. Much of the story revolves around Spiegelman’s troubled relationship with his father, and the absence of his mother. She committed suicide when he was 20. Her grief-stricken husband destroyed her written accounts of Auschwitz. Formally, Spiegelman struggles with problems of presentation, working with a strained animal metaphor that is intended to self-destruct. The book is deceptively simple, using a minimalist drawing style while displaying virtuosity in its page and panel layouts, pacing and structure.

Un livre pour donner envie de voyager – «Voyage aux îles de la désolation» d’ Emmanuel Lepage

<Voyage aux iles de la désolation>, Emmanuel Lepage                    

Emmanuel Lepage, le dessinateur, vient d’obtenir la possibilité de voyager à bord du Marion Dufresne en direction des TAAF (Terres australes et  antarctiques françaises). Voyage aux iles de la désolation est son carnet de voyage où se mélange aquarelles et récit de son périple. 

Les îles de la désolation, mais où sont-elles ? En fait, il s’agit du surnom donné aux îles Kerguelen situées au beau milieu de l’océan indien, à proximité des terres arctiques. Au départ de La Réunion, Emmanuel Lepage est donc parti à bord d’un navire qui effectue la navette dans les TAAF et ravitaille ses terres éloignées qui ne doivent leur survie qu’à ces maigres voyages.

Iles Crozet, Saint-Paul-et-Amsterdam, Kerguelen : des terres difficiles donc qui sont pour la plupart habitées par des scientifiques passionnés qui sacrifient souvent leur vie personnelle au service de leur travail. 

A travers les yeux d’Emmanuel Lepage, nous découvrons la vie à bord du bateau et le quotidien de l’équipage : la navigation difficile, le poste de commandement, les repas avec les membres de l’équipage qu’il nous présente par ailleurs individuellement, les manoeuvres de déchargement des marchandises qui se compliquent avec la réduction du personnel. L’immersion dans ce voyage maritime est totale. 

Les arrêts dans les îles sont l’occasion pour Lepage de croquer ses habitants, humains ou animals. On découvre les difficultés de la communauté scientifique, ses récriminations (l’absence trop fréquente de légumes frais par exemple dû à la suppression des potagers locaux, susceptibles de menacer la flore locale) comme ses joies (nuits étoilées sans pareil). On assiste aux magnifiques ballets des animaux : les manchots, les éléphants de mer, les albatros, …

Le dessinateur n’hésite pas à évoquer les conditions difficiles  pour son art : vent d’une force à vous envoler, pluie battante qui ponctue les feuillets, animaux curieux, ou même temps compté qui oblige à un crayonné fait dans l’urgence. 

Et pourtant, quel résultat !! Cet album est tout simplement magnifique !

Un livre pour donner envie de voyager ? – « L’usage du monde » de Nicolas Bouvier.

« L’usage du monde » de Nicolas Bouvier.

Le récit mythique de Nicolas Bouvier, son ouvrage le plus connu, qui relate son voyage avec le peintre Thierry Vernet, à bord d’une vieille Fiat, de la Serbie jusqu’à l’Inde, en passant par la Turquie, l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan (1953-1954). Un périple en Asie Centrale sur les traces de la Route de la Soie. Récit aujourd’hui considéré comme le grand classique de la littérature de voyage francophone.
Quel beau titre ! Ce récit est une leçon de vie, l’usage de la vie au quotidien : un voyage fait d’aventures et de rencontres ; le voyage vu comme passeport pour l’humain : chaque étape permet à Bouvier de croquer des portraits inoubliables, de saisir comme il le dit les “miettes” du voyage pour les rendre éternelles : avec lui, nous faisons la connaissance des musiciens serbes dans la Yougoslavie communiste, des tziganes macédoniens, des instituteurs kémalistes turcs. Puis, c’est la traversée de l’Asie centrale : dans l’Azerbaïdjan iranienne, découverte de la mythique ville de Tabriz, sous l’hiver glacial et l’accueil chaleureux de la communauté arménienne. L’iran et ses villes mythiques, Chiraz, Téhéran, Persépolis, Ispahan .¨…et sa mosaïque d’ethnies : les kurdes, les baloutchs…

Puis c’est la traversée des no man’s land du désert du Lout, désert iranien inhabité à la frontière du Pakistan et de l’Afghanistan. La vieille voiture fait des siennes. Il faut compter sur l’aide des bédouins qui vous offrent du thé dans les célèbres tchaïckanes, les maisons de thé iraniennes.

 Passage de frontières irréelles, aux douaniers endormis aux vapeurs du samovar et du narguilé ; rencontre avec les fiers afghans, dont le territoire n’a jamais été conquis par les occidentaux ; c’est de là que Bouvier partira  pour l’Inde en franchissant les montagnes de l’Hindou Kouch et le Khyber Pass en compagnie des routiers afghans, dans un climat très hostile.

Aventures, rencontres et philosophie du voyage au coeur de ce récit, qui laisse aux lecteurs des souvenirs de scènes cocasses ou de beaux portraits. 

Les déambulations de deux occidentaux dans une décharge du désert iranien pour retrouver le manuscrit de Bouvier. La peinture d’une fresque coquine par Thierry Vernet pour tenter d’amadouer le douanier. Ou encore l’aventure cauchemardesque de la Fiat en panne dans le désert hostile du Lout, où la chaleur et les effluves de sel rendent le trajet impossible. 

Une apologie de l’errance avec, comme moyen de subsistance, la plume de Bouvier et le pinceau de Vernet. 

Des personnages inoubliables : les musiciens macédoniens que Bouvier enregistre, les grands mères arméniennes de Tabriz, les douaniers qui ont donné leurs armes, les gardiens de prison qui ouvrent grand les portes des cellules pour leurs deux invités occidentaux en passant par le gardien de Persépolis refusant qu’il y ait eu des Grecs au Ve siècle avant JC, les Iraniens qui recitent par coeur des poèmes dans les cafés, les grosses paysannes qui posent leurs gros sacs avant d’admirer l’expo de Vernet, les aventuriers anglais, tenanciers de bar dans un coin perdu du Pakistan et enfin les routiers afghans de l’extrême… 

Un voyage au coeur de l’humain, érigé comme principe de rencontres ; au coeur de cette philosophie du voyage, il y a le don de soi, ce désir que le monde nous traverse pour que nous en recueillons les “miettes” éternelles.

Une réflexion intéressante qui met aussi en abîme l’écriture de voyage, mettant l’accent sur la difficulté de rendre palpables et vivants ces instants magiques…. 

” Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, qui vous défait” 

“Finalement, ce qui constitue l’ossature de l’existence, ce n’est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d’autres diront ou penserons de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l’amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible coeur” 

“Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prêt ses couleurs. Puis se retire et vous replace devant ce vide qu’on porte en soi, devant cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr”